Appelez-moi « Mary » !

Hier, j’ai encore une fois dit « Au revoir ». Et ce ne fut pas une mince affaire, permettez-moi de le dire. Je n’ai pas joué les fontaines, mais pas loin. Que voulez-vous, je suis un véritable cœur d’artichaut. Pourtant, j’en ai vécu des séparations amoureuses, amicales, professionnelles ! J’ai d’ailleurs toujours l’impression d’avoir laissé une (petite)(moyenne)(grosse) partie de moi de l’autre côté de l’Atlantique… Ailleurs, aussi. Donc, non, ce ne fut pas, cette fois encore, chose simple.
Non pas que je ne l’aie pas décidé, cette séparation : elle reste indéniablement la conséquence d’un choix personnel. Celui de ne pas me perdre, de rester fidèle à des valeurs qui me sont devenues, avec l’âge, non-négociables : l’échange (même s’il peut s’avérer musclé, tant qu’il reste constructif), la collaboration, l’amélioration continue, le soutien, l’équité, l’esprit de groupe et une certaine exigence.
Je ne m’étendrai pas ici sur les raisons, les circonstances, les situations. Elles n’ont, au final, aucun intérêt. De plus, j’ai appris un truc vachement bien la semaine dernière, grâce à une rencontre avec une professeur d’arts martiaux : le lâcher-prise. Ne pas garder de ressentiments, ne pas être revanchard.
De toute façon, je suis autant partie prenante que n’importe qui dans tout ce qui s’est passé sur ces derniers mois. Je ne suis pas exempt de défauts, je le sais. Personne ne l’est. Je peux être froid, impatient, moqueur, cinglant parfois. Je peux m’énerver, monter dans les tours quand je trouve une situation injuste, ne plus savoir prendre du recul et tomber dans une spirale de négativisme qui a tout du cercle vicieux.
Heureusement pour moi, je suis bien entouré ! J’ai des garde-fous, mon cher et tendre, pour commencer, et puis un sacré groupe d’amis, ou un groupe de sacrés amis, comme vous préférez. Chacun d’entre eux a vu avant moi qu’il fallait que je mette un terme à ce qui ne me faisait pas que du bien et tous me l’ont fait remarquer. Je l’ai entendu, compris.
Mais il y avait un hic.
Quitter la société qui m’employait équivalait à faire une croix sur un quotidien, des habitudes, des moments partagés avec une petite troupe de jeunes gens aux caractères tous différents mais tous nourris par la même volonté de faire les choses bien et avec passion. Des gens curieux de tout, talentueux, des experts, mais aussi de grands enfants fans de babyfoot, de batailles de Nerfs (des pistolets lanceurs de projectiles en mousse), de Chokobons et de raclette. Un groupe auquel j’appartenais et dans lequel j’avais ma place, mon utilité, jouant un peu les entremetteurs, les chefs de gare, les maîtres Jedi. Ces jeunes gens m’apportaient tous quelque chose de différent, chaque relation était unique dans ce qu’elle m’apprenait.
Alors, je l’avoue, j’ai traîné un peu des pieds, j’ai repoussé le moment de prendre la fâcheuse décision le plus longtemps possible, peu enclin à lâcher cette fine équipe.
J’ai fini par passer le cap, évidemment. Et j’ai fini par dire au revoir, un nœud aux tripes, comme prévu.
Mais vous savez ce qui a adoucit un peu la transition ? Un déjeuner avec Sophie, une femme remarquable porteuse d’un projet innovant, une de ces rencontres magiques que je mets sur le compte de la synchronicité. Nous nous connaissons peu, cette charmante dame et moi, mais nous nous entendons bien et avons beaucoup en commun. Elle m’a rapidement cerné et a mesuré l’impact que ce départ à venir aurait sur moi.
– Tu sais qu’elle est ta force ? m’a-t-elle demandé. Tu sais accompagner les gens. Tu les vois, tu les mets en valeur et tu les aides à se révéler.
– Ouais, pas tout le temps, riais-je. Je suis très dur des fois !
– J’imagine, sourit Sophie en retour. Mais c’est comme ça que je te vois. Et c’est comme ça que tu m’as aidée. Un peu comme Joséphine Ange-Gardien. Ou Mary Poppins !
Ça m’a fait rire, bien sûr. Je ne suis pas sûr de mériter la comparaison.
Mais hier soir, en quittant les lieux, en disant au revoir à chacun des gens de ma désormais ancienne équipe, je me suis souvenu des paroles de Sophie et je me suis pris au jeu. Et j’étais fier d’eux. Confiant, aussi ; ils s’en sortiraient très bien sans moi.
Mais surtout heureux de savoir que, contrairement aux nannies version TF1 ou version anglaise, je ne serai pas sans recroiser leur chemin !