Cliché, quand tu nous tiens

Il est cinq heures trente, l’iPhone résonne d’un son bien évidemment désagréable et bien évidemment, nous nous sommes couchés tard et je n’ai dormi que d’un œil.

Sous la douche, devant le café, devant la valise à boucler, Alicia Keys et son « New York » tournent en boucle dans ma tête. Moi qui suis sujet au « Festival des chansons de merde dans ma tête » — mes collègues sont bien placés pour le savoir — il fallait s’attendre à ce qu’une chanson vienne me pourrir la vie. Et tant qu’à faire, autant taper dans le cliché.

La valise qui pèse quinze tonnes et dont le bruit des roulettes sur le trottoir remplit le calme de la rue.

La France qui se lève tôt, que l’on croise dans la rame de métro clairsemée. À Lille comme à Paris, elle est essentiellement constituée de femmes en baskets, en route pour quelques bureaux à nettoyer.

Le médecin de province et sa femme au brushing impeccable malgré l’heure fort matinale, qui choisit d’ignorer les consignes du contrôleur et les règles de bienséance et de partager sa conversation téléphonique avec le reste du wagon.

Leur voisin qui finit sa nuit et ronfle la bouche ouverte alors que la plate campagne défile dans une brume légère et orangée.

Cette impression désagréable de n’avoir pas tout bouclé, hier au bureau. Tiens, d’ailleurs, je n’ai pas mis de message d’absence. Attendre que le TGV veuille bien traverser une zone couverte par la 3G pour l’écrire et le mettre en place, ce message d’absence.

Ce vide au creux du ventre face aux possibilités, aux retrouvailles, aux faces à faces, aux vingt ans passés à constater sur le visage de l’autre, à la peur de n’avoir rien à se dire, rien en commun ou l’angoisse d’avoir trop à se dire et pas assez de temps, trop en commun, trop à retrouver, trop qui manquait.

Ces papillons dans le ventre — on va dire que c’est ça plutôt qu’un début d’ulcère — parce que c’est la première fois que je vais mettre les pieds sur la côte ouest et découvre la Mecque Hollywodienne.

Cette excitation à l’idée de présenter Cyril à tous ces gens qui ont fait mon « adulescence » américaine et sans qui je ne serais mi-geek mi-artiste.

Il est 9h et les clichés continuent.

Le regard blasé de l’officier de douane français qui ne te dit même pas bonjour et papote avec son collègue qui se trouve derrière un guichet bizarrement fermé alors qu’il y a la queue.

La foule en voiles et foulards à l’embarquement de Saudi Airlines.

Ce léger pincement au cœur et une petite sueur froide quand reviennent à l’esprit les images d’un autre aéroport, celui de Bruxelles, hanté par la fumée et les corps.

Ce mélange de joie et de lassitude en voyant les avions alignés sur la piste — que c’est long, huit heures de vol.

Donc, oui, il va y avoir du cliché. Désolé par avance.

Il y aura du Yellow Cab, du Brooklyn Bridge, du Ground Zero, du Hot-Dog à Central Park, des musicals à Broadway, du Chicago Bulls, du Lake Michigan, de l’Hollywood, du Golden Gate et de l’Alcatraz.

Il y aura des photos, des vidéos, des potes anciens et nouveau, de bêtises et des trucs probablement plus sérieux. Mais je ne vous cacherai rien. Et surtout pas les clichés. Ça fait partie du jeu, non ?

Bon voyage avec nous. Et je ferai une bise à Alicia Keys de votre part, c’est promis.

À tout à l’heure de l’autre côté de l’Atlantique.