Mais où est donc passé Karl ?

Si je vous dis San Francisco, normalement, deux choses doivent vous venir à l’esprit (trois si vous êtes de la Nation Arc-en-ciel) : les collines et le brouillard.

Comme décrit dans mon post précédent, les collines en pente à 14% en moyenne, nous avons pratiqué. Pour ce qui est du brouillard… c’est une autre histoire.

Pourtant, tous les amis américains croisés le long de notre périple nous avaient prévenus :

– Vous allez vous cailler là-haut, les gars.

– L’été, ce n’est pas une saison où vous échapperez au fog!

– Sortez les pulls et les sweatshirts !

Bref, tout nous portait à croire que nous allions perdre 20°C en déboulant dans le nord de la Californie. Que nenni ! Il semblerait que nous ayons, par quelque tour de passe-passe, remonté le soleil avec nous depuis la cité des Anges. À notre arrivée, il fait presque 30, le soleil est juste plombant comme il faut pour vous cramer la couenne alors que vous vous échinez à grimper la 17ème rue (elle envoie du steak, celle-là, je vous assure. Nous l’avons montée plusieurs fois, nos mollets nous implorent depuis d’abandonner la marche à pied.)

Pauline et sa petite famille nous ont donc accueilli dans leur maison surplombant la Cole Valley en nous assurant que nous vivions un moment tout à fait inhabituel pour la saison. Notre ballade du samedi nous l’a confirmé, mais c’est la petite aventure ultra-matinale du dimanche qui a achevé de nous convaincre.

Pour fêter l’anniversaire de Rita, l’aînée de la fratrie, il avait été décidé d’organiser un pique-nique en famille et avec amis aux Crissy Fields, un espace au pied du Presidio avec tables et plage, mais surtout avec une vue imprenable à droite sur la skyline de la ville, à gauche sur le fameux Golden Gate Bridge. Mais ce lieu aux vistas improbables se mérite, ma brave dame ! Et les places sont chères. Tant et si bien que pour garantir une table pour accueillir les convives, il faut se trouver sur place à 6 heures du mat au plus tard, sinon, c’est la foire d’empoigne. Nous voilà donc partis de bon matin, à l’heure où blanchit la campagne, Cyril, Pauline et moi, munis de café pour Crissy Fields, alors que le reste de la famille ronfle allègrement, en toute béatitude.

Nous avions offert d’accompagner Pauline, un, pour ne pas la laisser seule à se geler sur sa table de pique-nique et deux, pour pouvoir contempler le soleil se levant sur le Golden Gate Bridge baigné de brouillard.

Erreur sur toute la ligne, car : un, le soleil se lève à l’est, banane, donc, pas sur le Bridge, mais de l’autre côté, et deux… ben, toujours pas de brouillard à l’horizon. Nada. Nothing. On voit d’ailleurs tout à fait clairement l’autre côté de la Baie et l’ile d’Alcatraz.

Petite digression sur le sujet Alcatraz. Je vous avais promis du cliché à tout va — et je pense avoir tenu promesse — mais pour Alcatraz, désolé, cela n’a pas été possible. Notre petite promenade sur le port nous a confirmé que la prochaine croisière/visite disponible serait au plus tôt dans deux semaines… Je sais, j’ai merdé sur ce coup-là. Faudra donc revenir juste pour ça. C’est dommage, je sais.

Pour en revenir à dimanche matin, malgré l’absence du proverbial brouillard, le lever de soleil fut majestueux à souhait, un moment parfait pour la réflexion et la zénitude.


Une demi-heure plus tard, nous cuisions gaiement sous le cagnard, sans aucune ombre à proximité. Si vous regardez les photos, vous remarquerez que nous ressemblons à des hiboux, grâce à la jolie marque blanche que nos lunettes de soleil nous ont laissé pour bien distinguer le rose cramoisi de nos peaux cuites à point.

Quel rapport à ce fameux Karl qui fait le titre de ce billet ?

Figurez-vous que ce fameux brouillard, celui que nous cherchons désespérément pour pouvoir vous montrer des “clichés” de la ville digne de ce nom, et bien, il fait en temps normal tellement partie du quotidien des San Franciscains que ces derniers lui ont donné un petit nom, que vous aurez deviné : Karl.

Nous avons fini par le croiser, ce fameux Karl. Cet après-midi, alors que nous faisions un dernier arrêt sur Ocean Beach. La température était tombée d’environ 10° et même si le soleil réchauffait allègrement l’atmosphère, une vague ouatée blanche déferlait depuis le Pacifique, remontait à grande vitesse la côte et enveloppait les collines. Comme si la ville se voilait pour nous dire au revoir…

 

Ocean Beach & Karl

Ocean Beach & Karl