Question de paternité

Il y a des choses auxquelles on ne s’attend pas.

Si raconter des histoires est pour moi une habitude, écrire, un besoin, mes histoires ont pris tellement de formes différentes au cours de ma vie que je ne m’étais pas vraiment attaché à cette dernière. Peu m’importait que telle ou telle histoire soit filmée, jouée sur scène ou lue, du moment qu’elle soit racontée.

La genèse de « Quelqu’un de bien » prouve d’ailleurs ce propos. Avant d’être réunies dans un roman, ce sont deux histoires différentes qui virent le jour à quelques années d’écart, l’une sous la forme de publications sur un blog, l’autre comme un pitch pour une série télé. Ces deux sources se tarirent l’une après l’autre, par manque d’inspiration, me semblait-il à l’époque. Puis un jour, frustré par un terrible manque d’avancement sur tous mes projets, mais nourri d’une inextinguible envie d’écrire, peu importe le sujet, je décidais de me balader dans ce cimetière des éléphants qu’est mon dossier « Projets abandonnés ». Au détour des fichiers, des personnages se répondirent, des situations s’entremêlèrent, des conflits, naturellement, s’en suivirent et tout d’un coup, une sorte de toile m’apparut, un réseau de chemins croisés, de connexions improbables mais pour autant excitantes qui activèrent mes neurones. Une nouvelle histoire venait de naître.

Comme je le dis plus haut, j’étais, à l’époque, particulièrement frustré de ne voir aucun des projets audiovisuels sur lesquels j’intervenais voir le jour, ou tout du moins, avancer un minimum. Je décidais donc, pour la première fois depuis très longtemps, de revenir à l’écriture romanesque. Celle-ci me laisserait toute latitude de faire évoluer mes personnages comme bon me semblerait. Finies les contraintes de budget, les castings politiquement corrects, les sujets qu’il ne vaut mieux pas aborder ! Lâchons-nous et retrouvons la jouissance d’inventer un monde où l’on pourra jouer en toute liberté ! Ce sera donc un roman.

Un roman.

Car c’est bien là le sujet de ce billet. En cette rentrée 2015, je me trouve dans une situation bien inattendue. J’ai fait le choix de publier « Quelqu’un de bien » et de le faire participer au « Concours des Auteurs Indés 2015 » proposé par Amazon. C’est d’ailleurs un grand plaisir que de voir les commentaires apparaître sur la page du roman, de suivre le nombre de pages lues par les abonnés au service de lecture illimitée Kindle. Je les imagine devant leur liseuse (j’ai même reçu des photos !) et je ne cacherai pas mon plaisir de savoir Nicolas, Florence et les autres occuper leurs soirées ou leurs jours de pluie.

Mais j’étais loin d’imaginer que cette paternité ne se limiterait pas qu’à un seul enfant. Annonçant sur les réseaux sociaux la sortie de mon livre, j’ai ainsi mesuré assez rapidement l’envie de mes amis anglo-saxons de découvrir cette histoire. Après en avoir discuté avec certains et leur avoir pitché l’idée, je conclus assez vite que « QQDB » mériterait sa traduction en anglais. L’engouement des lecteurs anglophones pour tout ce qui ressemble, dans sa structure, à une série télé, assurerait aux personnages une visibilité largement plus grande !

Qu’à cela ne tienne ! En route pour la version anglaise ! Maîtrisant la langue et ayant, de toute façon, appris l’écriture dramatique aux États-Unis, je me lançais donc dans cet exercice plutôt passionnant et me retrouve donc avec deux romans.

L’un occupe mon esprit, je suis ses ventes, ses commentaires, au quotidien et j’essaye de faire grandir sa notoriété naissante. Le second aiguise mes doigts, titille mon cerveau et chatouille mon cœur. Tel un jumeau, je le connais déjà, mais je le redécouvre sous un nouveau titre : « Someone Decent« . À peine à 20% de son écriture/traduction, je comprends déjà combien la langue anglaise va lui donner une autre couleur et je sens qu’il aura sa propre énergie, sa propre vibration — et j’en suis ravi.

Mais déjà, un troisième petit frère a vu le jour. Car, contre toute attente, durant l’écriture de « QQDB », j’ai senti que l’histoire ne se limiterait pas à un seul tome. Les personnages avaient encore des choses à vivre et à me raconter. Même si je tenais absolument à ce que « QQDB » puisse exister seul, il m’apparut indispensable de tramer la suite, de la préparer.

Et c’est une fois le livre terminé, une fois la longue attente des retours des éditeurs commencée, que Nicolas, Duval, Béatrice et les autres vinrent hanter mes rêves, envahir mes pensées. Oh, j’ai résisté ! Quel intérêt de me lancer dans une suite alors que le premier tome n’était même pas sûr de voir le jour ? Puis ce fut trop fort. Il fallait que j’écrive, au moins juste pour me vider la tête de cette histoire et laisser la place à un nouveau projet le moment venu. Ainsi naquit « Quelqu’un de trop« .

Me voici donc à devoir m’occuper de trois enfants en même temps. Chacun avec ses besoins différents, chacun avec son âge, sa personnalité, son énergie. En cette fin d’été, j’ai le sourire, mais je stresse un peu. Moi, faire grandir trois romans en même temps ? Aurais-je l’énergie, la capacité de les mener à l’âge adulte ?

Ce qui est certain, c’est que j’en ai au moins l’envie…