Rainbow City

23°Samedi 23 septembre 2016
San Francisco, CA

Plutôt que de voler de LA à San Francisco, nous avons fait le choix de louer une voiture et de parcourir les 600 et quelques kilomètres via la célèbre route historique US-101 — ok, elle est moins connue en France que la Route 66, mais ici, elle est mega connue ! Cette route suit le tracé d’El Camino Real, un chemin qui reliait dès 1769 les 21 missions espagnoles de Californie.

Après une soirée la veille à mi-parcours à Pismo Beach, nous quittons hier le bord du Pacifique pour remonter vers San Francisco ; la route US-101 nous emmène sillonner, à travers les terres, des kilomètres de plaines et de hautes collines arides. Nous traversons des ponts qui enjambent des rivières aux cours desséchés. Sur des kilomètres s’étalent de la vigne, des orangers et des choux kale au vert tellement brillant qu’on se demande où ils trouvent l’eau pour les arroser. Parfois, des petites villes perdues au milieu de nulle part, à des kilomètres de tout, dont les panneaux annoncent le nombre d’habitants — oui, comme dans les films — 300 personnes ici, 1 074, là.

Et puis, au détour d’une colline, tout vire soudainement au vert, la végétation s’étoffe, devient plus luxuriante et nous voici descendant dans la Silicon Valley. Après Broadway et Hollywood, nous approchons du troisième lieu fort de symbolisme pour moi, celui qui parle à mon côté geek, là où tout a commencé entre un Bill et un Steve. Il nous est donc indispensable de faire un — très léger — détour par la petite ville de Cupertino et de prendre l’indispensable cliché (encore un) devant le siège de la firme à la pomme. J’avoue, j’ai nourri un court instant l’espoir de mettre la main sur un des nouveaux modèles d’iPhone, le 7 plus — on ne se refait pas — mais même la boutique située dans les locaux du siège de la marque est en rupture de stock — un comble !.

Nous reprenons donc la route vers la baie de San Francisco, non sans avoir claqué $29.00 au passage pour un T-Shirt logoté — vous ne le trouverez qu’ici, m’a assuré un vendeur aux dents parfaites.

Nous séjournons ici chez Pauline, Charles et leurs trois filles, Rita, Poppy et Evelyn, respectivement 14, 12 et 9 ans. Leur maison est posée sur les hauteurs de la ville, au bord d’une de ses innombrables rues à la pente vertigineuse. Il faut préciser que notre arrivée dans la ville ne fut pas de tout repos : notre voiture de location faisant montre d’autant de puissance et de volonté à grimper les côtes à 14% minimum qu’un bœuf. C’est donc persuadés que nous n’arriverions jamais à destination et que nous resterions coincés au beau milieu d’une pente que nous avons abordés la dernière partie de notre périple, non sans un certain stress dans l’habitacle. Nous avons tout de même réussi à rejoindre la maison de nos amis, mais fort de son expérience des rues de San Francisco, Cyril m’annonça tout de go qu’il était hors de question que nous prenions à nouveau la voiture durant notre séjour.

Qu’à cela ne tienne ! Il paraît que l’on peut tout faire à pied.

Certes. C’est ce qu’on dit dans les guides.

On ne vous dit pas, par contre, que la visite ressemblera à un cours d’abdo-fessiers tellement ces foutues collines sont partout, et que vous passez votre temps et les monter d’un côté pour les dévaler de l’autre.

Du coup, en cette première jouLes rues en penternée San Franciscaine, nous avons parcouru pas moins de 25km et monté l’équivalent de 71 étages (selon mon iPhone. Pas le 7 plus, hein, j’en ai toujours pas trouvé, l’ancien, le 6S plus. Suivez, un peu. Faites un effort !)

Débutée en haut des Twin Peaks, avec une vue imprenable sur toute la baie, nous avons poursuivi la journée en sillonnant la ville de part et d’autre, de la Tour Coit – cela ne s’invente pas — aux quais de Fisherman’s Warf en passant par les escaliers de Russian Hill, avec pour moi cette singulière impression de marcher dans les pas de Mary-Ann Singleton ou de Michael “Mouse” Tolliver, les héros des Chroniques de San Francisco — Comment cela vous n’avez jamais lu ces bouquins ? Mais réparez-moi cette erreur tout de suite !

Ce que je retiens de cette première journée sous un ciel impeccablement bleu ? Ces vues plongeantes sur ces rues aux pentes improbables — auxquelles il est impossible de rendre justice en photo —, cette odeur de jasmin ou d’arbres fruitiers qui flotte sur les collines, ces maisons toutes différentes, mais au charme desquelles il est difficile de résister, ces visions de cartes postales sur la baie, avec ses deux ponts, ses voiliers, et, parait-il, ses dauphins, ces gens qui se baladent à poil en guise de manifestation artistiques, les fameux cable cars et autres tramways, le folklore local, en somme.

Le quartier de Castro et ses rues arc-en-cielEt bien évidemment, ce quartier où flottent fièrement les drapeaux arc-en-ciel et où se croisent familles avec enfants, couples de même sexe ou pas, jeunes et vieux ; ce quartier que certains mériteraient de visiter pour apprendre un mot un peu désuet, ces derniers temps : la tolérance.

Allez, je vais dormir. Demain matin, nous allons fêter en famille l’anniversaire de Rita… au pied du Golden Gate. Si vous êtes sages, vous verrez peut-être le lever de soleil avec nous.