Une ville de la taille de leurs rêves

Il est 23h sur la côte ouest. Je me trouve quelque part entre Los Angeles et San Francisco, dans la petite cité balnéaire de Pismo Beach (allez-y, je vous laisse deux minutes pour regarder où cela se trouve) et je vous imagine en train de commencer votre journée de l’autre côté de la planète. Alors que nous sortions de l’aéroport, il y a trois jours, un détail m’a interpellé : je ne m’étais jamais retrouvé aussi loin de chez moi et le fuseau horaire me plaçait désormais en décalage de neuf heures avec vous — enfin ceux d’entre vous en France métropolitaine. Je dois vous avouer que cela m’a fait un petit quelque chose. Mais la magie du numérique réduit les distances et ce petit exercice d’écriture me permet de vous garder en connexion avec cette aventure.

Revenons trois jours en arrière, que je vous parle en peu de la cité des anges.

28°Mardi 20 septembre 2016
Los Angeles, CA

Une ville immense, inimaginable. Elle s’étend sur 1290 km2, soit douze fois la taille de Paris. Entre LAX, l’aéroport international, les banlieues et la ville, pas vraiment de distinction quand nous roulons : ce sont toujours des rues en quadrillage, des alignements de boutiques, de centres commerciaux et de maisons, de bâtiments. Comme si la ville s’étalait sans interruption. Ah si, des champs de pétrole surprennent au détour d’une colline. Car la ville avec un grand V est loin d’être plate, non. Elle ondule entre les plages de Manhattan Beach, les hauteurs de Beverly Hills et les creux de la Valley, parmi d’autres.

Des voitures, encore et toujours. C’est bien leur royaume. Elles se côtoient nuit et jour sur les boulevards connus ou non, sur les highways à dix voies qu’elles saturent aux heures de pointe interminables — rendez-vous compte : de 6 à 10h le matin, de 15 à 20h le soir ! Il nous faut plus d’une heure pour parcourir 23 km et rejoindre une amie pour le dîner dans la vallée. D’ailleurs ici, on ne parle pas en distance, mais en temps passé en voiture, que l’on vous donne en deux versions : heures de pointe et reste de la journée.

“Il te faudra une heure et quart pour venir en temps normal, 35 minutes si tu évites les rush hours”, m’explique-t-on.

L’habitant de Los Angeles passe donc, s’il n’a pas la chance d’habiter à proximité de son travail, le plus clair de son temps au volant. À écouter des podcasts, de la musique ou à suivre des réunions par téléphone, ce qui n’arrange en rien les habitudes de conduite plus que farfelues, voire dangereuses des californiens.

Des maisons, charmantes, certes, mais les unes sur les autres ; seuls quelques mètres ne séparent vos fenêtres de celles de vos voisins. Sauf, bien évidemment sur les hauteurs de Beverly Hills, où les palaces accrochés à flanc de collines ne manquent pas d’espace.

Des ficus, des oliviers, des cactées et des bananiers agrémentent allègrement les jardins, les rues, les pelouses et les terrasses.

Et des palmiers, partout, évidemment. Quelqu’un peut m’expliquer l’intérêt des palmiers ? Ici, ce sont des touffes de palmes en haut de troncs tout fins d’environ dix à quinze mètres de haut qui ne fournissent quasiment aucune ombre. Ok, ca fait vacances, tropiques, tout ça, mais à part ça… Il ne pleut quasiment jamais ici, c’est une sorte d’été permanent qui crame au sens figuré comme au propre du terme les terres, les collines environnant la ville. A deux pas, c’est le désert. D’ailleurs, la Californie vit presque tout le temps sous le coup d’une sécheresse et d’une restriction d’eau. Mais ne vous inquiétez pas, les pelouses de nos stars restent, elles, bien vertes, et leurs piscines ne sont pas asséchées.

Car il faut les bichonner, nos stars. Avec les studios, elles font de Los Angeles la capitale mondiale de l’Entertainment. Ça, c’est plus qu’évident. Pas une journée sans qu’il n’y ait une avant-première sur Hollywood Boulevard ou une star à qui l’on offre son étoile sur le Walk of Fame. Les touristes et les badauds affluent alors, pressés d’apercevoir ceux qui les font rêver, évitant au passage de marcher sur un des nombreux SDF qui ont l’audace de squatter ce boulevard-là, ou celui du crépuscule (Sunset Boulevard) dont le nom me faisait rêver il y a longtemps et dont les trottoirs crasseux m’ont laissé de marbre.

On vient ici de partout pour chercher la célébrité, la reconnaissance. Il y a de forte chance pour que celui qui vous sert votre dessert à la Cheesecake Factory soit un acteur qui court le reste du temps les castings — tel Penny dans Big Bang Theory. C’est loin d’être un mythe, le petit ami d’une de mes amies de vingt ans correspond trait pour trait à cette description. Si, comme mon ami Mark, il arrive parfois qu’un d’entre eux décroche un rôle, il ne faut surtout pas qu’il s’en réjouisse trop fort ou qu’il en parle autour de lui ! Rien ne dit que le projet verra finalement le jour, et s’il tourne véritablement et passe devant la caméra, rien ne garantit qu’il ne soit pas coupé au montage — histoire véridique. Reste alors à jouer les figurants — les extras comme on les appelle ici — et à se retrouver dans The West Wing ou Desperate Housewives.

Tiens, d’ailleurs, nous avons eu l’occasion de voir le décor où était tourné la série, lors de notre journée aux Universal Studios. Je ne vous cacherai pas que cela m’a fait plus qu’un peu trépigner le cœur que de me retrouver à naviguer en tram au milieu des studios et d’imaginer que toutes mes idoles, de Hitchcock à Spielberg, en passant par Ron Howard et Christopher Nolan avaient un jour ou l’autre parcouru ses lieux, écrit dans ses bungalows, tourné dans ses hangars. J’avais de nouveau douze ans, pendant cette visite — et aussi en découvrant les attractions autour d’Harry Potter. Que voulez-vous, on ne me changera pas.

En conclusion, je dirais que vivre à Los Angeles n’est pas donné à tout le monde. Déjà, il faut accepter le gigantisme de cette ville et la présence de ses 18 millions d’habitants. Ensuite, parce que la vie est chère, les appartements coûteux, les rêves, difficiles à réaliser. Mais c’est forcément l’endroit où tous ceux qui veulent devenir quelqu’un dans l’industrie du cinéma ou de la télévision — peu importe la profession — doivent impérativement se trouver. Et pour cela, ils sont prêts à tous les sacrifices, y compris traverser la ville pour aller de castings en auditions, de petits boulots en House sitting, et aux heures de pointe, du moment qu’ils peuvent toucher du doigt leur rêve.

Et puis, il fait toujours beau ici. Alors, pourquoi se plaindre ?