Welcome, indeed!

31°Mercredi 8 septembre 2016
New York, NY

Je ne suis vraiment pas objectif quand il s’agit des Etats-Unis. Tous ceux qui me connaissent savent que j’ai une fâcheuse tendance à voir ce pays avec des oeillères ; beaucoup pensent que j’enjolive mes expériences passées, que je « piedestalise » mes amis américains.

Oui, c’est probablement vrai. J’ai passé des années formidables dans le Michigan, y ai rencontré des personnes inoubliables, magnifiques et talentueuses. Donc, oui, ça marque. Surtout à vingt ans.

Mais soyons clairs : si j’ai le récit parfois sélectif, ma mémoire, elle, ne l’est pas. Je me souviens parfaitement bien de la toute première fois, tou-toute première fois (Festival des Chansons de Merde dans ma tête, épisode 2), la première fois, donc, où j’ai posé les pieds sur le sol américain.

19 ans, premier voyage en avion, en route pour retrouver quelqu’un que j’avais rencontré quelques mois plus tôt à Londres, durant l’été. La tête pleine de rêves, le cœur palpitant alors que l’avion se pose à l’aéroport JFK de New York. S’il n’y avait pas tous ces gens dans l’allée, qui prennent des plombes à retirer leurs bagages des compartiments, je serai déjà dehors, à en prendre plein les mirettes. On descend enfin de l’avion, on parcourt de larges couloirs qui n’en finissent pas — je prends pour la première fois la mesure du gigantisme américain — et au détour d’un corridor… une salle immense dans laquelle semble se verser des centaines de personnes à la minute, un hall que serpente une file interminable de voyageurs à l’œil bouffi par trop d’heures de vol, à la transpiration naissante.

Je garde un souvenir impérissable de ce premier contact avec le sol américain. 1h45 d’attente, à progresser cm par cm, tels des bovins marchant vers l’abattoir, sans pouvoir faire autre chose que d’aller de l’avant, vers ces guichets inatteignables où de larges douaniers vous inspectent et vous questionnent d’un regard inquisiteur.

25 ans plus tard, au bras de mon cher et tendre époux, je refais le même chemin, le cœur aussi léger. Nous parcourons les mêmes couloirs et déboulons… dans la même salle. Malgré les passeports biométriques, malgré les bornes interactives, malgré les demandes d’autorisation de séjour faites en ligne en 3 minutes, la même file tendance bovine, la même heure quarante-cinq de queue, à se demander si nous allons retrouver nos bagages à la sortie. A croire qu’il n’ont pas envie de faire bonne impression, les ricains !

Vous voyez ? Je vous dis tout. Je n’enjolive pas.

Il n’empêche que nous voilà, plus de deux heures après l’atterrissage, en route vers Manhattan. Dans un taxi conduit, je vous le donne en mille, par un Pakistanais (encore un cliché), qui conduit comme s’il avait des envies suicidaires. Mais peu importe, nous sommes à New York, dammit!

Ah, j’ai oublié de vous dire : je vous ai promis du Broadway, du Time Square, tout ça, mais je ne vous ai pas parlé de là où nous séjournons : Harlem.

 

NYC, Central Park North

NYC, Central Park North

J’en vois déjà qui frémissent dans le fond, là-bas. Rassurez-vous, non, nous ne sommes pas les seuls blancs du quartier ; non, il n’y a pas de coups de feu toutes les trois minutes ; oui les gens sont accueillants, souriants, et en plus, cela nous ramène un peu dans l’ambiance que nous connaissions quand nous habitions Belleville.

Du coup, à peine posés, nous sommes repartis à pied et avons descendus 20 blocs jusque Central Park, histoire de prendre un peu l’air et le soleil après le vol. Puis, nous nous sommes posés en terrasse pour un dîner « léger » (je vous reparlerai des portions un autre jour) chez Silvia.

Il est une heure du matin chez vous, vingt-heures à Harlem. Dormez-bien, bonnes gens ! Demain, nous jouons les touristes !